Portail patients : ce qu’il décharge du guichet

Publié le · 6 min de lecture

Portail patients : ce qu’il décharge du guichet

Un portail patients est presque toujours vendu avec la même promesse : moins de téléphone. La promesse est partiellement vraie. Un portail décharge la charge de façon significative dans certains domaines, n’a presque aucun effet dans d’autres, et dans un domaine crée même du travail nouveau. Il vaut la peine de savoir à l’avance ce qui relève de quoi.

Ce qui baisse vraiment

Confirmation et rappel de rendez-vous

C’est la partie simple et rentable. Un rappel automatique doté d’un bouton de confirmation réduit les appels sortants et diminue les non-présentations. L’effet sur l’agenda est aussi immédiat : un patient qui annule trois jours à l’avance libère un créneau que l’on peut combler.

Remplissage anticipé de formulaires et de questionnaires

Questionnaire de santé, formulaire d’accueil, liste de médicaments — tout cela se prête à un remplissage depuis le domicile. Le gain est double : moins de temps en salle d’attente, et surtout une information qui arrive saisie et non manuscrite, à déchiffrer puis à ressaisir.

Documents et attestations

Demandes d’attestation de visite, de reçu, de compte rendu — des demandes répétitives qui passent aujourd’hui par le téléphone et le courriel. Quand le patient peut télécharger lui-même, la demande disparaît de la file.

Paiements

Le règlement en ligne d’un solde ouvert raccourcit le recouvrement et réduit les appels de relance. Là aussi, l’effet se mesure vite.

Ce qui ne baisse presque pas

Les questions médicales ne disparaissent pas ; elles ne font que changer de canal. Un patient qui aurait téléphoné pour poser une question sur un médicament écrira un message, et le message exige toujours un soignant qui le lise et y réponde. Ce peut être préférable, car la réponse est documentée et l’on peut répondre au moment qui convient, mais il n’y a pas ici d’économie de temps.

De même, la prise d’un rendez-vous complexe — un soin qui exige deux soignants, une salle précise ou un équipement — revient le plus souvent au guichet. Un portail excelle sur les rendez-vous standards et se montre moyen sur les rendez-vous complexes.

Ce qui crée du travail nouveau

La diffusion des résultats. Dès qu’un patient voit un résultat sur le portail, il voit aussi une valeur marquée comme anormale, et il téléphone. Ce n’est pas un problème du portail mais de politique, et il y a trois réponses possibles :

  • Diffusion automatique dès la réception du résultat. La plus transparente, et celle qui génère le plus d’appels.
  • Diffusion après validation du soignant. Moins d’appels, mais cela exige que quelqu’un examine les résultats à temps.
  • Diffusion différée — par exemple après quelques jours — sauf si le soignant a diffusé avant. Un compromis fréquent.

Il n’y a pas une seule bonne réponse. Il y a une réponse qu’il faut choisir à l’avance, écrire, et dont il faut dire aux patients à quoi s’attendre.

La règle : un portail déplace le travail, il ne le supprime pas. Il supprime le travail qui n’est qu’une médiation technique — transmettre une information qui existe déjà — et laisse le travail qui exige un jugement professionnel.

Comment mesurer

Beaucoup de cliniques mesurent le pourcentage de patients inscrits au portail. C’est un indicateur faible. L’inscription n’est pas l’usage. Quatre indicateurs valent mieux, tous dénombrables :

Indicateur Ce qu’il enseigne
Pourcentage de questionnaires remplis avant l’arrivée Combien de saisie a été épargnée au guichet
Pourcentage de rendez-vous confirmés en ligne Combien d’appels sortants ont été évités
Pourcentage de non-présentations L’effet financier direct des rappels
Délai moyen de réponse à un message du portail Si le nouveau canal est géré ou s’il s’accumule

Le dernier indicateur est le vrai test de réussite. Un portail où les messages attendent une semaine pousse les patients à revenir au téléphone, et l’on se retrouve alors avec deux canaux au lieu d’un.

Et ceux qui n’iront pas sur le portail

Même dans un portail réussi, une partie des patients ne l’utilisera pas. Des personnes âgées sans smartphone, celles qui ne lisent pas l’hébreu, et celles qui préfèrent simplement parler à un humain. Ce n’est pas un échec mais une donnée de conception. La conclusion pratique est qu’il ne faut pas construire un processus qui n’existe que sur le portail. Si le seul questionnaire est numérique, celui qui ne l’a pas rempli arrivera sans information et l’équipe improvisera. Mieux vaut conserver un parcours alternatif défini — une tablette à l’accueil ou un formulaire imprimé — et le saisir au même endroit.

Règle empirique de conception : si le taux d’usage du portail est de soixante pour cent, cela signifie que quarante pour cent des patients passent par le second parcours. Le second parcours doit être conçu, non improvisé.

Deux choses qu’il vaut la peine de dire explicitement aux patients

  • Quel est le délai de réponse. Une phrase sur l’écran des messages indiquant sous quel délai on répond les jours ouvrés prévient la plupart des frustrations, même quand la réponse prend deux jours.
  • Que faire en cas d’urgence. Une consigne claire d’appeler ou de contacter un service d’urgence, sur chaque écran où l’on peut écrire un message.

Coût contre bénéfice, en chiffres approximatifs

Il vaut la peine de faire le calcul une fois. Comptez combien d’appels entrent à l’accueil de la clinique une semaine typique, et combien d’entre eux relèvent des quatre catégories que le portail traite : confirmation de rendez-vous, demande de document, question sur un solde, demande de modification de coordonnées. Multipliez par la durée moyenne d’un appel. Le nombre obtenu est le temps que l’on peut récupérer, et non la promesse de la brochure. Chez la plupart des cliniques, il s’agit de quelques heures hebdomadaires d’équipe d’accueil, auxquelles s’ajoute une baisse des non-présentations — et cela suffit généralement à justifier la démarche, même sans grandes promesses.

Trois décisions avant le lancement

  1. Qui répond aux messages, et sous quel délai. Écrit, non tenu pour acquis. Y compris ce qui se passe pendant le congé du responsable.
  2. Ce qui est affiché et ce qui ne l’est pas. Résultats, comptes rendus de visite, documents, solde financier — pour chacun une décision distincte.
  3. Quelle est la consigne en cas d’urgence. Le portail n’est pas un canal d’urgence, et il faut le dire clairement sur chaque écran de messages.

Déploiement : où l’on s’inscrit vraiment

La meilleure inscription se fait au guichet, à la fin de la visite, quand la secrétaire dit une phrase et montre comment se connecter depuis le téléphone. Une campagne par courriel produit des taux bien plus faibles. Il vaut aussi la peine de donner une raison immédiate de se connecter : un questionnaire en attente, un document à télécharger, un solde à régler. Un portail où il n’y a rien à faire le jour de l’inscription ne sera pas rouvert.

Enfin, l’accessibilité. Une part importante des patients se connectera depuis le téléphone, certains sont âgés, et certains lisent l’arabe ou le russe et non l’hébreu. Un portail adapté au petit écran, avec un texte assez grand et dans une langue que le patient comprend, sera utilisé. Un portail conçu pour l’écran d’ordinateur restera sur l’étagère, et tout le calcul ci-dessus n’aura pas lieu.

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